La couleur des sentiments
- lesplumesdupasse

- 19 janv.
- 7 min de lecture
Un roman publié en 2009 qui se déroule dans le Mississippi des années 1960, une époque marquée par la ségrégation raciale. Il dépeint une société divisée, où les tensions raciales et sociales sont présentes. L’œuvre a d’ailleurs été adaptée au cinéma en 2011.

À Jackson, dans le Mississippi, ce sont les femmes noires qui font le ménage, la cuisine et s’occupent des enfants des familles blanches. Nous sommes en 1962 et les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à se taire. Sa meilleure amie Minny, au caractère bien trempé, vient tout juste de se faire renvoyer. Si la situation s’aggrave, elle devra chercher du travail ailleurs, peut-être même quitter l’État, comme Constantine, mystérieusement congédiée par les Phelan. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson après ses études, elle cherche à comprendre pourquoi Constantine, qui l’a élevée pendant vingt-deux ans, est partie sans laisser un mot. Cette jeune femme blanche, Aibileen et Minny, poussées par une envie profonde de changer les choses malgré la peur, vont unir leurs destins et écrire, en secret, une histoire bouleversante.
Je suis revenue à la maison ce matin-là, après qu'on m'a renvoyée, et je suis restée dehors avec mes chaussures de travail toutes neuves. Les chaussures qui avaient coûté autant à ma mère qu'un mois d'électricité. C'est à ce moment, je crois, que j'ai compris ce qu'était la honte, et la couleur qu'elle avait. La honte n'est pas noire, comme la saleté, comme je l'avais toujours cru. La honte a la couleur de l'uniforme blanc tout neuf quand votre mère a passé une nuit à repasser pour gagner de quoi vous l'acheter et que vous le lui rapportez sans une tache, sans une trace de travail.
J’ai découvert ce récit grâce au film, qui m’a mis une claque. J’ai été touchée par l’histoire et même versé quelques larmes. Quand j’ai appris que le film était tiré d’un livre, je n’ai pas hésité à me le procurer.
Elles élèvent un enfant blanc et vingt ans après l'enfant devient leur employeur. Le problème, c'est qu'on les aime, et qu'elles nous aiment, et pourtant... Nous ne les autorisons même pas à utiliser les toilettes de la maison.
L’autrice s’est inspirée de son propre vécu pour écrire ce roman. Durant son enfance, elle a été témoin des injustices raciales, et à travers son récit, elle donne une voix aux domestiques noires, trop souvent ignorées.
Mais Aibileen - le sourire de Miss Hilly est glacial - , les Noirs et les Blancs sont si différents ! Elle fronce le nez. Moi, je sens mes babines qui se retroussent. Bien sûr qu'on est différents ! Tout le monde le sait, que les Noirs et les Blancs ne se ressemblent pas. Mais on est tous des humains ! Enfin, j'ai jamais entendu dire que Jésus était noir ou blanc quand il était là-bas dans son désert !
J’ai adoré les 3 personnages principaux. Aibileen, qui s’occupe de la petite Mae Mobley, est très attachante.
Tous les après-midi on s'assoit dans le fauteuil à bascule, Baby Girl et moi, pour qu'elle fasse sa sieste. Je lui dis, tu es gentille, tu es intelligente, tu es importante. Mais elle grandit et je sais que bientôt, ces mots-là suffiront pas. Aibi ? Tu me lis une histoire ? Il était une fois deux petites filles. L'une avait la peau noire, l'autre la peau blanche." Mae Mobley lève les yeux vers moi. Elle écoute. "La petite fille noire dit à la petite fille blanche : "Pourquoi as-tu la peau si claire ? " La petite fille blanche répondit : "Je n'en sais rien. Pourquoi ta peau est-elle si noire ? A ton avis qu'est-ce que ça veut dire ?" Mais aucune de ces petites filles ne connaissaient la réponse. Alors la petite blanche dit : "Et bien, voyons. Tu as des cheveux, j'ai des cheveux". J'ébouriffe un peu les cheveux de Mae Mobley. La petite fille noire dit: "J'ai un nez , tu as un nez. " Je lui pince doucement le nez. Elle tend la main et fait pareil. La petite fille blanche dit : "Tu as des doigts de pied, j'ai des doigts de pied". et je chatouille les doigts de pied de Mae Mobley, mais elle peut pas me faire la même chose parce que j'ai mes chaussures de travail blanches. "Donc, on est pareilles! On est pas de la même couleur et c'est tout" dit la petite fille noire. La petite fille blanche dit qu'elle est d'accord et elles deviennent amies. Fin.
Minny, avec son fort caractère, refuse de se soumettre, et sa vengeance envers l’insupportable Hilly Holbrook est à la fois savoureuse et amusante.
Mais en même temps je sens que je suis libre, pour ainsi dire. Comme Minny. Plus libre que Miss Leefolt, qui est tellement enfermée dans sa tête qu'elle ne se reconnaît même pas quand elle se lit dans un livre. Et plus libre que Miss Hilly. Cette femme va passer le reste de son existence à faire croire aux gens que c'est pas elle qui a mangé la tarte. Je pense à Yule May qui est en prison. Parce que Miss Hilly, elle est dans sa propre prison, mais on peut dire qu'elle en pris pour la vie.
Quant à Skeeter, cette jeune femme blanche ambitieuse, elle va se lier d’amitié avec Aibileen et Minny, une relation très mal vue à l’époque. Elle rêve d’écrire un livre et grâce aux différents témoignages, elle dénonce les conditions de vie et de travail des femmes noires employées par des familles blanches, ce qui lui vaudra de sérieux problèmes avec ses « amies » blanches.
Mes amies et moi avons toutes notre place de prédilection. Élisabeth, penchée sur sa machine à coudre, s'efforce de faire de sa vie un vêtement de confection sans coutures apparentes. Je tape à la machine des phrases bien senties que je n'aurais jamais le culot de prononcer à haute voix. Et Mes amies et moi avons toutes notre place de prédilection. Élisabeth, penchée sur sa machine à coudre, s'efforce de faire de sa vie un vêtement de confection sans coutures apparentes. Je tape à la machine des phrases bien senties que je n'aurais jamais le culot de prononcer à haute voix. Et Hilly, sur une estrade, explique à 65 femmes que 3 boîtes par personne ne suffiront pas à rassasier tous ces PEAA - traduisez pauvres enfants africains affamés. Mary Joline Walker, toutefois, trouve que trois, c'est beaucoup. Et ça ne coûte pas un peu cher, d'expédier ces conserves jusqu'en Éthiopie à l'autre bout du monde ? demande Mary Joline. Il ne serait pas plus raisonnable d'envoyer un chèque, tout simplement ? Hilly lève les yeux au ciel. "on ne peut pas donner d'argent à ces tributs, Mary Joline. La chaîne des Jitney14 n'a pas de magasin d'alimentation dans le désert ! et comment saurions-nous s'ils donnent à manger à leurs enfants avec ce qu'on leur enverrait ? Ils seraient capables de prendre notre argent pour s'offrir un tatouage satanique sous la tente du prêtre vaudou du coin ! Mary Joline bat en retraite. Ses traits se sont décomposés, elle a soudain la tête de quelqu'un qui émerge d'un lavage de cerveau. "Je suppose que tu sais mieux que moi ce qu'il faut faire, Hilly. C'est ce regard qui tue qui fait le succès de Hilly comme présidente de Ligue.
La plume de l’autrice est à la fois touchante et addictive. On ressent le mépris et la haine que les blancs éprouvent envers les noirs. Ces femmes peuvent travailler chez eux, mais surtout ne doivent pas utiliser les mêmes toilettes, sous prétexte qu’elles transporteraient des microbes et des bactéries. Une absurdité révoltante.
Vous dites dans votre lettre que vous prenez un plaisir immense à écrire. Quand vous ne serez pas occupée à polycopier des papiers ou à préparer le café de votre patron, regardez autour de vous, enquêtez, et écrivez. Ne perdez pas votre temps à des évidences. Écrivez sur ce qui vous dérange, en particulier si cela ne dérange que vous.
Mais le roman montre aussi l’amour maternel qu’Aibileen porte à la petite Mae Mobley, une enfant blanche dont elle s’occupe avec une tendresse immense. Leur relation est profondément émouvante.
Elle préfère rester ici avec la bonne plutôt que regarder sa maman qui s'occupe de tout sauf de sa fille. Elle me fait penser à ces poussins qui perdent leur mère et suivent les canards.
Puis elle dit : "Aibi, t'es ma vraie maman." Elle me regarde même pas, elle le dit comme si elle parlait de la pluie et du beau temps. Je me mets à genoux à côté d'elle. "T'as maman est chez le coiffeur. Baby Girl, tu sais bien qui est ta maman. Mais elle secoue la tête en serrant la poupée dans ses bras et elle dit : Je suis TON bébé !
Le comportement des femmes blanches est souvent ignoble. Elles sont sournoises, hypocrites et récoltent de l’argent pour « aider les pauvres d’Afrique », tout en traitant avec mépris et cruauté celles qui travaillent pour elles.
Personne n'a osé noter ces règles pourtant fondamentale pour les relations entre les noires et les blanches : « Règle numéro un pour travailler chez une Blanche, Minny : c'est pas tes affaires. T'as pas à mettre ton nez dans les problèmes de la patronne, ni à pleurnicher... « Règle numéro deux : cette patronne blanche doit jamais te trouver assise sur ses toilettes. Ça m'est égal si t'as tellement envie que ça te sort par les tresses. Si elle en a pas pour les bonnes, tu trouves un moment où elle est pas là. » Règle numéro trois ... quand tu cuisines pour des Blancs, tu prends une cuillère rien que pour goûter. Si tu mets cette cuillère dans ta bouche et qu'après tu la remets dans la marmite et qu'on te voit, c'est tout bon à jeter. Règle numéro quatre : Sers-toi tous les jours du même verre, de la même fourchette, de la même assiette. Tu les ranges à part et tu dis à cette Blanche qu'à partir de maintenant ça sera tes couverts. Règle numéro cinq: tu manges à la cuisine. Règle numéro six : tu frappes pas ses enfants. Les Blancs aiment faire ça eux-mêmes. Règle numéro sept: C'est la dernière, Minny. Tu écoutes ce que je te dis? Pas d'impertinence!
Je suis passée par tout un panel d’émotions de la tristesse au rire, et comme pour le film, j’ai versé quelques larmes. Un Coup de cœur pour ce roman.



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