top of page

Prudence Crandall : l’institutrice qui défia la ségrégation scolaire

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture

J’ai découvert l'institutrice grâce à une bande dessinée empruntée à la médiathèque Blanc autour, dont l’histoire s’inspire de faits réels survenus à Canterbury en 1832. Je ne connaissais absolument pas cette femme, et son parcours m’a tellement intriguée que j’ai eu envie d’en apprendre davantage sur elle. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mon avis sur cette BD sur le blog https://lesplumesdupasse.wixsite.com/mystilitteraire/post/blanc-autour


Portrait de Prudence Crandall

Née en 1803 à Hopkinton, dans le Rhode Island. Fille de Pardon et Esther Crandall, elle grandit dans une famille Quaker, un mouvement religieux qui accorde une grande importance à l’éducation et à l’égalité entre les individus.


Grâce à cette vision progressiste, elle reçoit une formation inhabituelle pour une jeune fille de l’époque. Elle étudie l’arithmétique, le latin et les sciences à la New England Friends’ Boarding School de Providence, dans le Rhode Island. Après ses études, elle s’installe à Canterbury, dans le Connecticut.


En 1831, elle ouvre la Canterbury Female Boarding School, une école privée destinée aux jeunes filles blanches issues de familles aisées. L’établissement acquiert rapidement une excellente réputation dans le Connecticut.


Mais tout bascule en septembre 1832 lorsqu’une jeune Afro-Américaine, Sarah Harris Fayerweather, demande à intégrer l’école. L'institutrice connaît déjà les idées abolitionnistes et accepte son inscription malgré les risques.


Cette décision provoque immédiatement la colère de nombreux habitants de Canterbury. En signe de protestation, les familles blanches retirent leurs filles de l’établissement.


Face à cette situation, elle prend une décision encore plus audacieuse en 1833, elle transforme son école afin d’accueillir exclusivement des étudiantes afro-américaines.


Avec le soutien du journal abolitionniste The Liberator, des jeunes filles noires viennent étudier depuis le Connecticut, mais aussi New York, Boston, Philadelphie ou Providence.


L’école de Prudence Crandall devient alors l’une des premières écoles destinées aux Afro-Américaines aux États-Unis, et probablement la première en Nouvelle-Angleterre.


L’initiative de l'institutrice déclenche une hostilité extrêmement violente dans la ville de Canterbury. Les habitants défendent la ségrégation scolaire et refusent la présence d’élèves noires dans leur communauté.


Pendant 18 mois, elle et ses élèves subissent intimidations, insultes et harcèlement. Les abolitionnistes prennent publiquement sa défense, mais ses opposants parviennent à faire voter une loi spécialement dirigée contre son école.


La Black Law, adoptée en 1833 par le Connecticut, interdit aux jeunes Afro-Américaines venant d’autres États de recevoir une éducation dans le Connecticut sans autorisation officielle.


L'institutrice est arrêtée et subit deux procès. Grâce au soutien financier de l’abolitionniste Arthur Tappan, elle peut assurer sa défense devant les tribunaux. Même si elle finit par obtenir gain de cause en appel, la pression devient insupportable.


En septembre 1834, après plusieurs attaques contre le bâtiment scolaire, elle ferme définitivement son établissement. En août 1834, elle épouse Calvin Philleo, un prêtre baptiste et abolitionniste.


Le couple s’installe dans l’Illinois où elle continue d’enseigner et de défendre plusieurs causes sociales, notamment le droit de vote des femmes et la lutte contre les discriminations raciales et sociales.


Après la mort de son mari en 1874, elle part vivre au Kansas avec son frère, lui aussi engagé contre l’esclavage. Avec le temps, son combat finit par être reconnu. La Black Law est abrogée en 1838 et, en 1886, le Connecticut lui accorde une pension annuelle de 400 dollars en guise de réparation symbolique.


Aujourd’hui, son ancienne école est devenue le Prudence Crandall Museum, un monument historique national ouvert au public. Prudence Crandall est également reconnue comme héroïne de l’État du Connecticut.


Son combat, aux côtés d’autres femmes engagées comme Sarah Harris Fayerweather, Margaret Crittendon Douglass ou Myrtilla Miner, a contribué à ouvrir la voie vers la fin de la ségrégation scolaire aux États-Unis, officiellement condamnée par la Cour suprême en 1954.



Ce qui m’a le plus marquée dans l’histoire de Prudence Crandall, c’est son courage. À une époque où la ségrégation était profondément ancrée dans la société, elle a choisi de défendre le droit à l’éducation malgré les menaces, les procès et les violences.


Découvrir son parcours m’a aussi rappelé à quel point certaines figures historiques importantes restent méconnues aujourd’hui. Pourtant, son combat a joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’éducation et des droits civiques aux États-Unis.

Commentaires


bottom of page