Le Tour de la France par deux enfants
- lesplumesdupasse

- 12 sept. 2025
- 4 min de lecture
Une œuvre emblématique de la Troisième République, un récit entre nostalgie, idéaux républicains et regards critiques.

Nous suivons André, 14 ans, et Julien, 7 ans, deux jeunes frères lorrains orphelins de père, fuyant leur village annexé par la Prusse après la guerre de 1870. Leur objectif : traverser la France, gagner leur vie honnêtement, découvrir leur pays et, au fil des rencontres, s’élever socialement et moralement. Chaque étape est prétexte à une leçon de géographie, d’histoire, de sciences, d’économie ou de morale. Une sorte de tour de France éducatif et symbolique.
J’ai découvert ce roman un peu par hasard, grâce à une émission sur France 2 qui évoquait son immense popularité à la fin du XIXe siècle. Intriguée par le fait qu’il ait été écrit par une femme sous pseudonyme masculin, et par son statut de lecture obligatoire pendant des décennies, j’ai eu envie de me plonger dans ce classique un peu oublié.
Tenez, mon enfant, lui dit-elle, je vous donne ce livre : il parle de la France que vous aimez et des grands hommes qu'elle a produits. Lisez-le : il est à votre portée ; il y a des histoires et des images qui vous instruiront et vous donneront, à vous aussi, l'envie d'être un jour utile à votre patrie.
Ce qui m’a frappée dès le début, c’est que le récit cherche moins à captiver qu’à former de futurs citoyens. Chaque chapitre est structuré comme une leçon : on y apprend un métier comme le forgeron et tant d’autres, une valeur tels que le courage, l’honnêteté, le patriotisme, ou un fait géographique ou historique.
Rien ne soutient mieux notre courage que la pensée d’un devoir à remplir.
On comprend assez vite que ce roman est un outil d’instruction civique pour accompagner les lois de Jules Ferry : école gratuite, laïque et obligatoire, dans une époque traumatisée par la défaite de 1870 et en quête de cohésion.
Quand on fait son devoir, on est toujours sûr de gagner l’estime des honnêtes gens.
J’ai trouvé la plume de l’autrice vieillot, avec des tournures de phrases parfois pesantes, et un ton assez moralisateur. Les dialogues sont parfois artificiels, construits uniquement pour amener la leçon ce qui a freiné ma lecture.
L’aîné des deux frères, André, âgé de quatorze ans, était un robuste garçon, si grand et si fort pour son âge qu’il paraissait avoir au moins deux années de plus. Julien, sept ans, frêle et délicat comme une fille…
Mais cela n’empêche pas le récit d’être fluide et accessible, surtout si on garde en tête le public visé à l’époque : des enfants d’environ 10 ans et plus, issu de milieu populaire, pour qui ce livre représentait parfois la seule porte d’entrée vers la connaissance du pays.
Un enfant studieux se prépare un avenir honorable.
Mais je n’ai pas pu m’empêcher de soulever certains passages problématiques à notre époque tels que les stéréotypes régionaux ou sociaux un peu caricaturaux, ou l’exaltation du travail manuel et de l’obéissance qui frôle parfois la soumission.
Les personnes pauvres doivent être propres et décents, afin qu’on ne puisse vous prendre pour des mendiants ou des vagabonds.
Cependant je me suis rappeler qui faut replacer cela dans un contexte historique, ou l’objectif était d’unifier la nation autour de valeurs communes après une période troublée. Et malgré ses travers, le roman cherche à valoriser la dignité du travail, la solidarité, la sobriété, l’amour du savoir et de la patrie.
Les quatre races d’hommes. La race blanche, la plus parfaite des races humaines, habite surtout l’Europe, l’ouest de l’Asie, le nord de l’Afrique, et l’Amérique. Elle se reconnaît à sa tête ovale, à une bouche peu fendue, à des lèvres peu épaisses. D’ailleurs son teint peut varier. La race jaune occupe principalement l’Asie orientale, la Chine et le Japon : visage plat, pommettes saillantes, nez aplati, paupières bridées, yeux en amandes, peu de cheveux et peu de barbe. La race rouge, qui habitait autrefois toute l’Amérique, a une peau rougeâtre, les yeux enfoncés, le nez long et arqué, le front très fuyant. La race noire, qui occupe surtout l’Afrique et le sud de l’Océanie, a la peau très noire, les cheveux crépus, le nez écrasé, les lèvres épaisses, les bras très longs.
Ce qui est intéressant c’est le fait que l’œuvre à été écrit par une femme Augustine Fouillée, qui a dû signer G. Bruno pour être prise au sérieux, il y a là une ironie mais aussi un bel exemple de la manière dont des femmes ont marqué l’éducation sans en recevoir le crédit pendant longtemps.
Tiens, dit Julien, c'est donc pour les peuples comme en classe, où chacun tâche d'être le premier ? Justement, petit Julien. Dans l'industrie celui qui fait les plus beaux ouvrages les vend mieux, et c'est tout profit. Quand les hommes seront plus sages, ils ne voudront obtenir les uns sur les autres que de ces victoires-là. Vois-tu, ce sont les meilleures et les plus glorieuses ; elles ne coûtent la vie à personne et personne ne risque d'y perdre une patrie.
Je l’ai lu via une version ebook gratuite et je dois dire que l’expérience a été mitigée mais enrichissante. Je ne le relirai pas, mais je suis contente de l’avoir découvert pour comprendre son rôle dans l’histoire de l’éducation française.
Une œuvre dont le style est ancien et moralisateur, avec des personnages très clichés et certaines idées de l’époque assez problématique avec notre regard d’aujourd’hui.



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