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Les Lettres de Madame de Sévigné

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 27 janv.
  • 5 min de lecture

Les lettres constituent une correspondance écrite entre 1648 et 1696, initialement destinée à un cercle privé. Les premières lettres ont été publiées en 1727.


Ce recueil regroupe la correspondance de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, avec différents membres de sa famille, notamment sa fille et son cousin Bussy-Rabutin.


couverture du livre lettres de mme de sévigné

Ne supportant pas la séparation avec sa fille, l'autrice lui écrit très régulièrement. À travers ses lettres, elle raconte son quotidien, ses joies, ses peines, mais aussi ses états d’âme. Elle y exprime librement ses sentiments, ses émotions et ses opinions personnelles.


Je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siège de mousse où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu, où ne vous ai-je point vue ici ? et de quelle façon toutes ces pensées me traversent-elles le cœur ? Il n'y a point d'endroit, point de lieu, ni dans la maison, ni dans l'église, ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous aie vue. Il n'y en a point qui ne me fasse souvenir de quelque chose de quelque manière que ce soit. Et de quelque façon que ce soit aussi, cela me perce le cœur. Je vous vois ; vous m'êtes présente. Je pense et repense à tout. Ma tête et mon esprit se creusent, mais j'ai beau tourner, j'ai beau chercher, cette chère enfant que j'aime avec tant de passion est à deux cents lieues de moi ; je ne l'ai plus. Sur cela, je pleure sans pouvoir m'en empêcher ; je n'en puis plus, ma chère bonne. Voilà qui est bien faible, mais pour moi, je ne sais point être forte contre une tendresse si juste et si naturelle. Je ne sais en quelle disposition vous serez en lisant cette lettre.

Dans la correspondance avec sa fille, j’ai constaté qu’il s’agit d’une mère extrêmement proche, parfois même étouffante. L’amour qu’elle porte à sa fille est indéniable, profond et inconditionnel, mais il occupe une place importante qui m'a paru pesant.


Sans la consolation de la lecture, nous mourrions d'ennui présentement.

Au-delà de cette relation mère-fille, les lettres abordent également la vie de la noblesse et offrent un témoignage intéressant sur la cour de Louis XIV. L'autrice évoque les intrigues politiques, les manigances, ainsi que les scandales de son époque, ce qui est passionnant d’un point de vue historique.


Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés : encore cet exemple n’est-il pas juste; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie madame de Rohan et madame d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Hé bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Madame de Coulanges dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ! c’est madame de la Vallière. Point du tout, madame. C’est donc mademoiselle de Retz ? Point du tout ; vous êtes bien provinciale. Ah ! vraiment, nous sommes bien bêtes, dites-vous : c’est mademoiselle Colbert. Encore moins. C’est assurément mademoiselle de Créqui. Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de mademoiselle, devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, mademoiselle d’Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-mêmes, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous. Adieu ; les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.

La plume de l’autrice est simple et naturelle donnant aux lettres une spontanéité. Toutefois, certaines d’entre elles m'ont paru répétitives, notamment lorsqu’elle revient sans cesse sur la souffrance causée par l’absence de sa fille.


Ma fille, aimez-moi donc toujours : c'est ma vie, c'est mon âme que votre amitié ; je vous le disais l'autre jour, elle fait toute ma joie et toutes mes douleurs. Je vous avoue que le reste de ma vie est couvert d'ombre et de tristesse, quand je songe que je la passerai si souvent éloignée de vous.

J’ai apprécié le contexte historique présent dans ces lettres. En revanche, les lettres adressées à sa fille m’ont semblé très personnelles et parfois peu captivantes. Il s’agit souvent d’une mère qui se plaint de la distance qui les sépare, ce qui selon moi, n’apporte pas un grand intérêt à la lecture, mis à part le témoignage d’un amour maternel débordant.


Le Roi arriva jeudi au soir. La chasse, les lanternes, le clair de lune, la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners où l'on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel. Il dit plusieurs fois: "Je suis perdu d'honneur; voici un affront que je ne supporterai pas;" Il dit à Gourville: "La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi. Aidez-moi à donner des ordres." Gourville le soulagea en ce qu'il put.

Les Lettres de Madame de Sévigné sont un témoignage intime et historique qui permettent de découvrir la vie à la cour de Louis XIV ainsi que les mœurs et les préoccupations de la noblesse du XVIIᵉ siècle. En revanche, la relation fusionnelle entre l’autrice et sa fille peut lasser par son caractère répétitif et très personnel.

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