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Lettres d’une Péruvienne

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 2 févr.
  • 4 min de lecture

Un roman épistolaire publié en 1752 qui raconte la vie de Zilia, une jeune femme inca séparée de son fiancé Aza lorsqu’elle est enlevée par des conquistadors espagnols, puis ramenée de force en Europe.


Couverture du livre lettres d'une péruvienne

Zilia est une jeune Péruvienne promise au prince inca. Le jour de ses noces, elle est enlevée par des Espagnols dont le bateau tombe bientôt aux mains d'un commandant français. Zilia est amenée à Paris. En attendant de retrouver un jour celui qu'elle aime, elle lui écrit de longues lettres : elle s'étonne des mœurs qu'elle découvre, souligne les inégalités et les injustices qu'elle observe, s'indigne du sort réservé aux femmes...


Il m’a fallu beaucoup de temps, mon cher Aza, pour approfondir la cause du mépris que l’on a presque généralement ici pour les femmes. Enfin je crois l’avoir découverte dans le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles sont et ce que l’on s’imagine qu’elles devraient être. On voudrait, comme ailleurs, qu’elles eussent du mérite et de la vertu. Mais il faudrait que la nature les fît ainsi ; car l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on se propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française.

À travers ce récit, l’autrice propose une critique acerbe de la société française du XVIIIᵉ siècle, s’attaquant aussi bien à la religion, à l’éducation, à la politique qu’à la condition féminine.

 

Je ne sais quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils : je ne m’en suis pas informée. Mais je sais que du moment que les filles commencent à être capables de recevoir des instructions, on les enferme dans une maison religieuse, pour leur apprendre à vivre dans le monde ; que l’on confie le soin d’éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d’en avoir, et qui sont incapables de leur former le cœur qu’elles ne connaissent pas. Les principes de la religion, si propres à servir de germe à toutes les vertus, ne sont appris que superficiellement et par mémoire. Les devoirs à l’égard de la divinité ne sont pas inspirés avec plus de méthode. Ils consistent dans de petites cérémonies d’un culte extérieur, exigées avec tant de sévérité, pratiquées avec tant d’ennui, que c’est le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde, et si l’on en conserve encore quelques usages, à la manière dont on s’en acquitte, on croirait volontiers que ce n’est qu’une espèce de politesse que l’on rend par habitude à la divinité. Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur, sont les points essentiels de l’éducation. C’est sur les attitudes plus ou moins gênantes de leurs filles que les parents se glorifient de les avoir bien élevées.

Le personnage de Zilia permet de s’interroger l’accès au savoir à l’époque des Lumières. L’autrice montre que l’éducation des femmes est superficielle et volontairement limitée. Ne connaissant pas la langue française, Zilia se heurte à la complexité du monde qui l’entoure. Envoyée au couvent, elle ne reçoit qu’une instruction de base.

 

Quand tu sauras qu’ici l’autorité est entièrement du côté des hommes, tu ne douteras pas, mon chez Aza, qu’ils ne soient responsables de tous les désordres de la société. Ceux qui, par une lâche indifférence, laissent suivre à leurs femmes le goût qui les perd, sans être les plus coupables, ne sont pas les moins dignes d’être méprisés ; mais on ne fait pas assez d’attention à ceux qui, par l’exemple d’une conduite vicieuse et indécente, entraînent leurs femmes dans le dérèglement, ou par dépit ou par vengeance. Et en effet, mon cher Aza, comment ne seraient-elles pas révoltées contre l’injustice des lois qui tolèrent l’impunité des hommes, poussée au même excès que par leur autorité ? Un mari, sans craindre aucune punition, peut avoir pour sa femme les manières les plus rebutantes, il peut dissiper en prodigalités, aussi criminelles qu’excessives, non seulement son bien, celui des enfants, mais même celui de la victime qu’il fait gémir par l’indigence, par une avarice pour les dépenses honnêtes, qui s’allie très communément ici avec la prodigalité. Il est autorisé à punir rigoureusement l’apparence d’une légère infidélité, en se livrant sans honte à toutes celles que le libertinage lui suggère. Enfin, mon cher Aza, il semble qu’en France les liens du mariage ne soient réciproques qu’au moment de la célébration, et que dans la suite les femmes seules y doivent être assujetties. Je pense et je sens que ce serait les honorer beaucoup de les croire capables de conserver de l’amour pour leur mari, malgré l’indifférence et les dégoûts dont la plupart sont accablées. Mais qui peut résister au mépris ?

Dans la lettre XXXIV, Zilia proteste contre la vacuité et la dangerosité de l’éducation couventine, déplorant que les femmes soient vouées au futile et privées de véritables connaissances sur le monde. Animée par un profond désir d’apprendre, elle entreprend elle-même son éducation et finit par surpasser ceux qui l’entourent.


Si tu étais un homme ordinaire, je serais restée dans l'ignorance à laquelle mon sexe est condamné.

 

À travers Zilia, le roman met en lumière les désavantages subis par les femmes au XVIIIᵉ siècle, une éducation incomplète, un mariage souvent imposé et une grande insécurité financière. En refusant le mariage et en renonçant à l’amour pour préserver sa liberté intellectuelle, Zilia transgresse les normes sociales de son époque.

 

Une partie du peuple est obligée pour vivre de s’en rapporter à l’humanité des autres ; elle est si bornée, qu’à peine ces malheureux ont-ils suffisamment pour s’y empêcher de mourir.

J’ai découvert ce roman par hasard, en flânant dans les rayons d’une librairie, dans ma quête d’autrices peu connues. Je ne connaissais ni l’œuvre ni son autrice. Apprendre que ce texte est désormais étudié pour le baccalauréat m’a réjouie. C’est une excellente nouvelle que les jeunes puissent découvrir une œuvre aussi intéressante.


l’intelligence des langues serait-elle celle de l’âme ?

Si tu étais un homme ordinaire, je serais restée dans l'ignorance à laquelle mon sexe est condamné.

 

Une lecture passionnante que j’ai adorée pour les différents thèmes abordés.

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