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Al-Khansā’ : la poétesse du deuil et de la mémoire

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 11 mai
  • 3 min de lecture

Parmi les figures féminines les plus fascinantes de la poésie arabe ancienne, il y a Al-Khansā’, une poétesse semi-légendaire née durant la période préislamique, avant l’avènement de la prophétie de Mahomet en 610, et morte sous le califat de ʿOmar ibn al-Khaṭṭāb, entre 634 et 644.


J’ai découvert cette poétesse grâce au recueil de poétesses du monde entier de Sylvie Brunet, dont vous pouvez retrouver mon avis sur mon blog https://lesplumesdupasse.wixsite.com/mystilitteraire/post/poétesses-du-monde-entier


Ce livre m’a permis de découvrir des poétesses méconnues et m’a donné envie de faire des recherches sur ces écrivaines que l’histoire a parfois effacées.


Portrait de Al-Khansā’

Comme beaucoup de poètes de cette époque, la vie d’Al-Khansā’ nous est surtout connue grâce à des récits transmis plusieurs siècles après sa mort. Les anecdotes qui lui sont associées sont rapportées dans de grands ouvrages des IXe et Xe siècles consacrés à la poésie arabe, notamment le Ṭabaqāt Fuḥūl al-Šuʿarā’ d’Ibn Sallām al-Ǧumaḥī, al-Šiʿr wa-l-šuʿarā’ d’Ibn Qutayba ou encore le Livre des chansons d’Abū al-Faraǧ al-Iṣfahānī.


Selon Ibn Qutayba, elle aurait été demandée en mariage par le poète Durayd ibn al-Ṣimma, membre de la tribu de Ǧušam. Al-Khansā’ aurait refusé cette union avec fermeté, préférant rester fidèle à sa propre tribu, les Banū Sulaym.


Une autre tradition raconte qu’elle se rendit au célèbre marché de ʿUkāẓ, lieu où les poètes venaient réciter leurs vers devant le maître de poésie al-Nābiġa al-D̠ubyānī.


Parmi les poètes présents figuraient notamment al-Aʿšā et Ḥassān ibn Thābit.Après avoir entendu les vers d’Al-Khansā’, al-Nābiġa aurait déclaré :


« Par Dieu, si Abū Baṣīr ne m’avait pas déjà récité ses vers, je t’aurais déclarée la meilleure poétesse parmi les djinns et les hommes. »

Cette anecdote, sans doute embellie par la tradition, montre néanmoins l’immense réputation qu’Al-Khansā’ acquit très tôt dans le monde arabe.

Le deuil au cœur de son œuvre


D’autres récits insistent sur l’attachement profond qu’elle portait à son frère Sakhr ibn ʿAmr. Selon la tradition, celui-ci partagea à plusieurs reprises sa fortune avec elle afin d’aider son mari, ruiné par sa générosité excessive.


Mais le destin bascula lorsque ses frères, Muʿawiya puis Sakhr, furent tués lors de conflits opposant les Banū Sulaym à des tribus rivales.Cette double perte transforma profondément sa poésie.


À ses débuts, Al-Khansā’ composait principalement des quintiles et des tercets. Après la mort de ses frères, son œuvre prit une tonalité beaucoup plus sombre et élégiaque. Elle ne cessa de pleurer Sakhr, qu’elle aimait d’un attachement presque fusionnel. Certaines traditions racontent même qu’elle serait devenue aveugle à force de pleurer.


Ses poèmes sont traversés par le deuil, la répétition et la lamentation. À travers ses élégies, elle exprime une douleur intime qui touche la perte, la mémoire et l’absence.


C’est principalement grâce à ces élégies funèbres qu’Al-Khansā’ devint l’une des poétesses les plus célèbres de la littérature arabe.


Avant sa conversion à l’islam, Al-Khansā’ était également proche de Hind bint ʿUtba, épouse de l’un des plus puissants chefs de la tribu quraychite et ancienne ennemie du prophète Mahomet.


Cette proximité avec certaines grandes figures de l’Arabie préislamique participa sans doute à sa notoriété dans les milieux poétiques et tribaux.


Les poèmes d’Al-Khansā’ furent rassemblés à l’époque abbasside dans un dīwān de plus de mille vers, probablement compilé par le philologue Ibn al-Sikkīt.


Une édition critique de son œuvre fut ensuite réalisée en 1888 par Louis Cheikho, permettant à ses textes de traverser les siècles jusqu’à nous.


À travers ses vers marqués par la douleur et la fidélité familiale, elle incarne une voix féminine rare dans une littérature longtemps dominée par les hommes.

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