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Solitude, ou la mémoire d’une femme effacée

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 4 mars
  • 2 min de lecture

Il existe des figures que l’Histoire mentionne à peine, mais que la mémoire collective transforme en symbole. Solitude est de celles-là.


portrait de Solitude

Née vers 1772 en Guadeloupe, probablement prénommée Rosalie, elle apparaît brièvement dans les archives avant de disparaître presque entièrement des registres officiels. Pourtant, son nom traverse les siècles. Il survit au silence, à l’oubli, à l’effacement.


En 1802, la Guadeloupe est secouée par la décision de la France de rétablir l’esclavage, aboli quelques années plus tôt. Le régime de Napoléon Bonaparte envoie des troupes pour mater les résistances. Face à cette tentative de retour en arrière, un mouvement s’organise autour de Louis Delgrès, officier déterminé à défendre la liberté conquise. Solitude rejoint la lutte.


On sait peu de choses de son rôle exact, mais sa présence aux côtés des insurgés suffit à faire d’elle une figure de courage. Lorsque l’insurrection échoue et que Delgrès choisit le sacrifice plutôt que la soumission, elle est capturée.


Enceinte, condamnée à mort, elle ne sera exécutée qu’au lendemain de son accouchement. Une décision administrative froide, destinée à laisser l’enfant naître avant que la sentence ne soit appliquée. Elle meurt en 1802, à l’âge d’environ 30 ans. Les modalités de son exécution demeurent inconnues pendaison, fusillade, peut-être guillotine comme si même sa fin devait rester dans l’ombre.


Solitude est devenue plus qu’un nom dans un dossier colonial : elle incarne la résistance des esclaves noirs face au rétablissement de l’esclavage. Elle représente ces femmes dont l’Histoire a longtemps minimisé la présence, mais dont le courage irrigue la mémoire collective.


Sa figure a été ravivée par la littérature, notamment par le roman d’André Schwarz-Bart, qui contribua à faire émerger son destin dans la conscience contemporaine. Depuis, elle s’est imposée comme un symbole.


Aujourd’hui, des statues lui rendent hommage aux Abymes en Guadeloupe et à Bagneux. À Paris, un jardin porte son nom. En 2022, une statue a été dévoilée dans la capitale lors de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.


Ainsi, celle que les archives avaient presque effacée se dresse désormais dans l’espace public.

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