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Victoria Woodhull : première femme candidate à la présidence des États-Unis

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 13 avr.
  • 4 min de lecture

Victoria Claflin Woodhull est une féministe, femme d’affaires, spirite, éditrice et figure politique controversée. En 1872, elle devient la première femme à se porter candidate à l’élection présidentielle des États-Unis, un geste aussi audacieux pour son époque.


Je l’ai découverte dans le livre Féminisme minute de Shannon Weber, dont vous pouvez retrouver mon avis sur le blog. Intriguée par son parcours, je me suis penchée sur sa vie.


Portrait Victoria Woodhull

Née en 1838 dans l’Ohio, elle est la septième d’une fratrie de 10 enfants. Elle grandit au sein d’une famille dysfonctionnelle. Son père, alcoolique et escroc occasionnel, exerce une violence physique brutale sur ses filles. Sa mère, domestique, affirme être sujette à des visions prophétiques et parcourt les rues pour dénoncer les péchés supposés de ses voisins.


Dans ce chaos familial, elle développe avec sa sœur cadette Tennessee un lien fusionnel qui ne se rompra jamais. Dotée d’une intelligence vive et d’une mémoire exceptionnelle, elle commence sa scolarité à l’âge de 8 ans, dans une école méthodiste. Ses enseignants remarquent rapidement ses capacités, mais elle quitte l’école après seulement 3 années.


Si la réforme scolaire de l’Ohio permet à ses sœurs plus jeunes de bénéficier d’une éducation plus stable, elle devra se former seule.


Très tôt, la famille vit d’errance et de combines. Leur père entraîne ses filles dans la vente de potions miracles et d’élixirs prétendument magnétiques. Elle devient ainsi, presque malgré elle, guérisseuse et spirite.


À San Francisco, elle tente brièvement une carrière théâtrale, encouragée par une comédienne qui perçoit en elle un réel potentiel. Elle joue dans une adaptation des Frères corses d’Alexandre Dumas, mais cette parenthèse artistique reste de courte durée.


Mariée très jeune à Canning Woodhull, dont elle aura 2 enfants, elle connaît rapidement l’abandon et la misère. Lorsque son époux la quitte peu après la naissance de leur fille Zula Maude, elle se retrouve seule, sans ressources. Le divorce, obtenu en 1865 en invoquant l’alcoolisme chronique de son mari, constitue déjà un acte de défi dans une société qui condamne sévèrement les femmes séparées.


En 1868, elle s’installe à New York avec sa sœur Tennessee et son second mari, James Blood. Leur objectif est de rencontrer Cornelius Vanderbilt, surnommé le « Commodore », l’homme le plus riche des États-Unis. Connaissant son intérêt pour le spiritisme, les 2 sœurs deviennent ses médiums attitrées. Vanderbilt voit en elles des femmes intelligentes et audacieuses, et leur apporte un soutien financier décisif.


Grâce à cette protection, elles fondent en 1869 leur propre maison de courtage, Woodhull, Claflin & Co. L’événement fait sensation pour la première fois, 2 femmes investissent officiellement Wall Street. Les journaux s’en emparent, oscillant entre fascination et indignation.


L’année 1870 marque un tournant. Elle fonde le Woodhull & Claflin’s Weekly, un journal dont elle assure la direction. Le périodique défend le droit de vote des femmes, l’amour libre, la réforme du travail et critique la corruption des élites économiques. Influencée par Stephen Pearl Andrews, elle développe une pensée hybride mêlant féminisme, socialisme, spiritualisme et réformes sociales.


Très vite, elle s’impose comme une figure majeure du mouvement suffragiste. Elle plaide devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants que le droit de vote des femmes est déjà garanti par les 14ᵉ et 15ᵉ amendements de la Constitution. Si son argumentation échoue juridiquement, elle frappe les esprits et galvanise les militantes.


En 1872, elle franchit un pas en annonçant sa candidature à la présidence des États-Unis, sous l’étiquette du National Equal Rights Party. Pour elle, l’égalité civique passe aussi par l’occupation des plus hautes fonctions politiques. Elle sillonne le pays, prononce des discours enflammés et défend une vision profondément égalitaire de la société.


Son programme politique est largement en avance sur son temps, droit de vote pour les femmes, journée de travail de huit heures, protection sociale pour les plus démunis, abolition de la peine de mort.


Mais cette audace lui coûte cher. Ses positions sur l’amour libre, son intérêt pour le marxisme et sa critique virulente des financiers lui aliènent une partie du mouvement féministe. Susan B. Anthony la juge trop extrême; seule Elizabeth Cady Stanton continue de la soutenir sans réserve.


À l’automne 1872, elle provoque un scandale retentissant en révélant dans son journal la liaison adultérine du pasteur Henry Ward Beecher, figure morale respectée et farouche opposant à l’amour libre. En dénonçant ce qu’elle considère comme une hypocrisie sociale, elle s’expose à une répression féroce.


Arrêtée, ruinée par les frais de campagne et contrainte de suspendre la parution de son journal, elle traverse la période la plus sombre de sa vie. Affaiblie physiquement, atteinte de graves troubles pulmonaires, elle se retire peu à peu de la vie publique.


En 1876, elle renonce officiellement à ses combats politiques et se sépare de James Blood. L’année suivante, elle quitte les États-Unis pour le Royaume-Uni. Elle y refait sa vie, épouse John Biddulph Martin et adopte une existence plus discrète, tout en conservant un intérêt pour les affaires et la politique internationale. Elle soutient les Alliés durant la Première Guerre mondiale et finance des œuvres humanitaires.


Elle meurt en 1927, à l’âge de 88 ans.

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