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Françoise de Graffigny : portrait d’une femme de lettres oubliée du XVIIIe siècle

  • Photo du rédacteur: lesplumesdupasse
    lesplumesdupasse
  • 4 févr.
  • 4 min de lecture

Françoise d’Issembourg du Buisson d’Happoncourt, épouse de Graffigny, née en 1695 et morte en 1758, est une femme de lettres du XVIIIᵉ siècle.

 

Autrice du célèbre roman Lettres d’une Péruvienne, paru en 1747, elle est l’une des figures féminines majeures de la littérature des Lumières. Très célèbre de son vivant, elle est tombée pourtant dans l’oubli à partir de la Révolution française. Ce n’est qu’avec l’avènement du mouvement féministe des années 1960 que son œuvre fut redécouverte et que de nouvelles éditions virent le jour.

 

J’ai découvert l’autrice par hasard, en flânant dans les rayons d’une librairie, à la recherche d’une autrice peu connue. Je suis tombée sur Lettres d’une Péruvienne, dont vous trouverez mon avis en cliquant sur le lien https://lesplumesdupasse.wixsite.com/mystilitteraire/post/lettres-d-une-péruvienne


portrait de françoise de graffigny

 

Son père, François d’Happoncourt, est militaire. Il épouse Marguerite Callot, petite-nièce de l’illustre graveur Jacques Callot. Dans son enfance, elle reçoit une éducation modeste mais réelle, elle sait lire et écrire dès l’âge de 13 ou 15 ans.

 

À 16 ans, celle que l’on disait très belle doit choisir entre la vie religieuse et le mariage. La seconde option semble offrir davantage d’avantages à sa famille. Son adolescence est donc brève, elle se marie à 17 ans.

 

Il semble que ce soit son père qui décida de son union avec un jeune officier, François Huguet de Graffigny, au service du duc Léopold Ier de Lorraine. Le fiancé promettait une carrière brillante, son père Jean Huguet était seigneur de Goncourt, Pagny, Dollaincourt, Courcelles, Graffigny et Chemin, un homme influent dans la région.

 

Le mariage est célébré en 1712. Durant leurs 11 années de mariage, le couple eut 3 enfants, tous morts en bas âge. Le bonheur conjugal ne tarda pas à se fissurer. Elle se retrouva mariée à un homme joueur, alcoolique et violent, qui la battait au point de mettre sa vie en danger, tout en se montrant d’une extrême avarice.

 

Souvent absent, son mari redoublait de brutalité lorsqu’il était présent. L’autrice engagea alors dans les formes légales, une demande de séparation. Grâce aux témoignages de plusieurs personnes affirmant avoir vu ou entendu Monsieur de Graffigny battre sa femme, elle obtint le décret en 1723. Son époux mourut 2 ans plus tard, en 1725.

 

Devenue veuve, puis orpheline de mère en 1727 et de père en 1733, elle se trouva enfin libre de toute obligation familiale. Vers 1730, elle rencontre en Lorraine François-Antoine Devaux. Une profonde amitié naît entre eux, attestée par une longue correspondance dans laquelle ils se confient leurs secrets.

 

Elle y évoque notamment sa relation amoureuse avec Léopold Desmarest, tandis que Devaux lui partage ses ambitions littéraires. Son seul grand amour fut ce jeune officier, de 13 ans son cadet, fils du musicien renommé Henry Desmarest. Leur relation dura de la fin des années 1720 au début des années 1740.

 

À Paris, l’autrice connut auprès de lui ses moments les plus heureux, il l’accompagnait chez ses amis et divertissait les assemblées par son esprit et ses talents de chanteur.

 

Elle vécut en Lorraine jusqu’à ce qu’elle quitte Cirey pour Paris, après une scène où elle fut injustement accusée d’avoir volé et transmis à un éditeur parisien des copies d’un chant de La Pucelle, œuvre de Voltaire qu’il aurait été dangereux de publier.

 

À Paris, elle reprit contact avec la duchesse de Richelieu, qui l’hébergea et lui ouvrit les portes de nombreux cercles mondains et intellectuels. C’est là que l’autrice découvrit véritablement le monde des lettres. Elle y était connue sous le surnom peu flatteur de la grosse.

 

Elle rejoignit la Société du bout du banc, qui se réunissait chez l’actrice Quinault cadette. Parmi ses membres figuraient notamment Marivaux, Rousseau et Diderot. Elle commença alors à écrire quelques essais, probablement destinés à des lectures de groupe, malheureusement ils ont tous disparu.

 

Après la mort de la duchesse de Richelieu en 1740, la situation matérielle de l’autrice devint encore plus précaire. Elle décida alors de tenter de gagner sa vie par l’écriture. Elle composa une pièce, L’Honnête Homme, un dialogue intitulé De la réunion du bon sens et de l’esprit, ainsi qu’une tragédie en vers, Héraclite.

 

En 1745, elle s’orienta vers une écriture d’imagination et publia anonymement, dans le Recueil de ces Messieurs, un texte d’esprit libertin, Nouvelle espagnole ou Le mauvais exemple produit autant de vertus que de vices.

 

Le succès arriva avec la parution des Lettres d’une Péruvienne en 1747. Le roman connut un succès presque immédiat, confirmé par celui de sa première pièce, Cénie, appréciée par Rousseau. L’écriture lui était manifestement aisée, comme en témoigne l’impressionnante correspondance adressée à Devaux entre 1738 et 1758.

 

Elle est aussi l’auteure de journaux intimes et d’une correspondance monumentale plus de 2 500 lettres écrites sur une période de 25 ans, rassemblées en 14 volumes. Les lettres envoyées à Devaux depuis Cirey furent remarquées.

 

Les quelques mois passés entre décembre 1738 et mars 1739 en compagnie de Voltaire et d’Émilie du Châtelet enrichissent notre connaissance de leur quotidien.

 

Ces écrits lui valurent une certaine notoriété et furent publiés en 1820 sous le titre Vie privée de Voltaire et de Mme de Châtelet. Grâce à cet ouvrage, l’œuvre de l’autrice ne disparut jamais totalement de l’histoire littéraire.

 

En 1758, elle fit représenter sa dernière pièce, La Fille d’Aristide, qui suscita de vives critiques. Selon Robert Laffont, elle ne se remit jamais des afflictions causées par cet échec. Toutefois, dans sa correspondance avec Devaux, elle affirma son indifférence face à l’accueil réservé à l’œuvre.

 

Malgré ses tentatives pour mener une vie sociale normale, sa santé se dégrada rapidement. Elle souffrit d’évanouissements violents à partir de l’été 1758, qu’elle tenta de surmonter en poursuivant ses lectures, ses visites et sa correspondance.

 

Elle s’éteignit en 1758, chez elle, entourée de ses amis.

 

Une figure attachante d’une femme blessée par la vie, mais animée d’un esprit vif, d’une curiosité et d’un besoin d’écrire. Longtemps réduite à un seul roman, elle mérite aujourd’hui d’être redécouverte.

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