Portrait de la Comtesse de Ségur : vie, œuvres et héritage littéraire
- lesplumesdupasse

- 22 sept. 2025
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La Comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine, est une femme de lettres française d’origine russe. Elle est surtout connue pour ses ouvrages destinés à la jeunesse, parmi lesquels la célèbre trilogie de Sophie, qui raconte les bourdes et les épreuves de Sophie de Réan, victime de sa marâtre Mme Fichini. Ses cousines et amies, plus raisonnables et protégées par une mère aimante, contrastent avec ses malheurs, donnant à ces récits un mélange de cruauté et de tendresse qui marque encore les lecteurs aujourd’hui.
J’avais lu, durant mon enfance, certaines de ses œuvres comme Les Malheurs de Sophie ou La Fortune de Gaspard. Ces lectures m’avaient marquée par leur mélange de rudesse et de tendresse, ce réalisme parfois cruel qui contraste avec la naïveté des contes traditionnels. Plus récemment, j’ai relu Le Bon Petit Diable, une œuvre que je redécouvre aujourd’hui avec un œil d’adulte, et qui m’a inspiré quelques réflexions que je partage dans cet article https://lesplumesdupasse.wixsite.com/mystilitteraire/post/un-bon-petit-diable

Issue d’une grande famille de la noblesse russe, Sophie était la fille du comte Fiodor Rostopchine, gouverneur de Moscou, et de la comtesse Catherine Protassova. Troisième enfant du couple, son parrain n’était autre que le tsar lui-même. Elle passa son enfance au domaine familial de Voronovo, près de Moscou, recevant une éducation aristocratique privilégiant les langues étrangères. Elle devint ainsi polyglotte, maîtrisant cinq langues à l’âge adulte.
Son enfance fut cependant marquée par la sévérité maternelle : sa mère la priva de nourriture et de vêtements chauds, l’humiliait en public et la frappait. Plus tard, influencée par Joseph de Maistre et les jésuites, la comtesse Rostopchine se convertit au catholicisme et éleva Sophie dans cette foi, malgré l’opposition du père resté orthodoxe.
En 1812, lors de l’invasion de la Russie par Napoléon, le comte Rostopchine, gouverneur de Moscou, fit évacuer les pompes à incendie et libéra des prisonniers avec mission de mettre le feu à la ville. Ce geste, resté fameux, lui valut disgrâce et exil. La famille finit par s’installer en France en 1817.
À 19 ans, Sophie épousa Eugène de Ségur, mariage arrangé par Sophie Swetchine. Le couple eut 8 enfants, mais le mariage se révéla rapidement malheureux, son époux étant volage et indifférent. Surnommée par lui « Mère Gigogne », elle se consacra entièrement à ses enfants et petits-enfants, devenant pour eux une figure maternelle essentielle.
Elle souffrit tout au long de sa vie de migraines, de crises de nerfs et de périodes d’aphasie qui la contraignaient parfois à s’exprimer par écrit sur une ardoise. Malgré cela, elle commença à écrire tardivement, à plus de 50 ans, en notant les contes qu’elle inventait pour ses petits-enfants. Ses Nouveaux Contes de fées furent publiés en 1855 chez Hachette, grâce à l’intervention de son ami Louis Veuillot ou, selon d’autres sources, de son mari qui avait rencontré Louis Hachette.
Le succès fut immédiat, elle signa son premier contrat pour 1 000 francs, et sa collaboration avec Hachette contribua à l’essor de la Bibliothèque rose en 1860. Malgré un mari qui lui coupait parfois les fonds, elle sut défendre ses droits d’autrice et imposer sa voix dans un univers éditorial encore largement masculin. Veuve en 1863, elle devint tertiaire franciscaine sous le nom de sœur Marie-Françoise, tout en continuant à écrire.
Elle dut vendre sa résidence des Nouettes en 1872 et se retirer à Paris, où elle mourut en 1874, entourée de ses enfants et petits-enfants.



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