Sarah Bernhardt : portrait d'une femme hors normes
- lesplumesdupasse

- 8 janv.
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C’est une comédienne, peintre et sculptrice française. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes actrices françaises du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. J’ai découvert Sarah Bernhardt par hasard, en lisant sa biographie https://lesplumesdupasse.wixsite.com/mystilitteraire/post/ma-double-vie
j’ai découvert bien plus qu’une actrice : une femme libre, excessive, engagée, qui a fait de son existence entière une scène.

Elle naît dans un contexte familial spécial, sa mère Judith‑Julie Van Hard, surnommée « Youle » diminutif allemand de Julie est d’abord modiste avant de devenir courtisane à Paris, prenant finalement le nom de Julie Bernhardt. Son père, Édouard Viel, avoué havrais, bel homme et grand séducteur, est emprisonné en 1855 pour malversations financières. Il meurt peu après à Pise, elle cachera toujours l’identité de son père.
Elle a au moins trois sœurs et a souffert longtemps de la préférence marquée de sa mère pour sa plus jeune sœur, Jeanne‑Rosine elle aussi comédienne. Sarah passe une petite enfance solitaire chez une nourrice avant d’être envoyée en 1853 dans une pension au couvent de Grandchamp, où elle étudie jusqu’en 1858.
Au couvent, elle joue son premier rôle, celui d’un ange, dans un spectacle religieux. Elle y vit une conversion sincère au catholicisme, reçoit le baptême en 1856 et envisage sérieusement de devenir religieuse.
Durant ce séjour, elle est atteinte d’une pleurésie qui la laisse entre la vie et la mort. Cette épreuve lui donne très tôt le goût du macabre, goût qu’elle conservera aussi bien sur scène que dans sa vie privée. De retour chez sa mère en 1859 pour sa convalescence, celle‑ci engage une gouvernante, Mlle de Brabender, afin de parfaire son éducation.
L’amant de sa mère, le duc de Morny, suggère alors de l’inscrire au conservatoire, malgré la volonté de l’adolescente de retourner au couvent pour y prononcer ses vœux. Le soir même, la famille l’emmènent au théâtre. Cette représentation agit comme une révélation sur elle et découvre sa vocation de comédienne.
Elle quitte la vie monacale vers l’âge de 14 ans et réussit le concours du conservatoire. Elle y prend également des leçons d’escrime, discipline dont elle tirera profit dans ses futurs rôles masculins, notamment dans Hamlet.
En 1862, elle sort du conservatoire avec un second prix de comédie et entre à la Comédie‑Française. Elle en est cependant renvoyée en 1866, après avoir giflé une sociétaire qui avait violemment bousculé sa sœur Régina, coupable d’avoir marché sur sa traîne.
À cette époque, la police des mœurs la recense parmi les « dames galantes » soupçonnées de prostitution clandestine. Mère célibataire, elle devient demi‑mondaine et se laisse entretenir par de riches amants afin d’élever son fils et de financer ses costumes et accessoires de théâtre, qui restent à l'époque à la charge des acteurs.
Elle signe un contrat avec l’Odéon en 1866 et y est révélée en 1869 dans Le Passant, où elle interprète un rôle travesti. La guerre franco‑prussienne de 1870 interrompt brutalement sa carrière.
Lorsque Paris est assiégé et que la famine s’installe, Sarah obtient que l’Odéon soit transformé en hôpital de campagne. Elle demande même l’autorisation de brûler décors et fauteuils pour réchauffer les blessés. Parmi eux se trouve un jeune homme de 19 ans nommé Ferdinand Foch, qu’elle reverra plus tard durant la Première Guerre mondiale. Apprenant que les Prussiens visent le drapeau français hissé au sommet de l’Odéon, elle brave tous les dangers pour le décrocher, se jurant de le replacer une fois la guerre terminée.
En 1872, elle triomphe dans le rôle de la reine dans Ruy Blas. Victor Hugo, admiratif, la surnomme la Voix d’or. Ce succès lui permet de réintégrer la Comédie‑Française, où elle est nommée sociétaire en 1875. Avec la célébrité viennent les surnoms élogieux tels que la Divine, l’Impératrice du théâtre.
En 1880, après l’échec de L’Aventurière pièce qu’elle juge médiocre, elle démissionne de la Comédie‑Française et doit payer de lourds dommages et intérêts pour rupture abusive de contrat. Elle fonde alors sa propre compagnie et part en tournée à travers le monde jusqu’en 1917.
Elle se produit notamment en Angleterre et aux États‑Unis, où elle acquiert une immense notoriété. Elle devient la première comédienne à triompher sur les cinq continents et l’une des rares artistes françaises à posséder une étoile à Hollywood.
En 1893, elle rejoint le théâtre de la Renaissance, puis prend en 1899 la direction du Théâtre des Nations, qu’elle rebaptise Théâtre Sarah‑Bernhardt. Engagée politiquement, elle soutient Émile Zola lors de l’affaire Dreyfus, Louise Michel, et s’oppose publiquement à la peine de mort.
Elle cultive une fascination assumée pour le macabre. Elle possède un cercueil en bois de rose, capitonné de satin blanc, dans lequel elle aime se reposer ou répéter ses rôles. Après avoir joué dans plus de 120 pièces, elle se tourne vers le cinéma. Son premier film, Le Duel d’Hamlet, est tourné en 1900. Elle apparaît ensuite dans plusieurs œuvres, dont deux films autobiographiques, le dernier étant Sarah Bernhardt à Belle‑Île en 1912.
En 1914, le ministre René Viviani lui remet la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour avoir contribué au rayonnement de la langue française et pour ses services d’infirmière durant la guerre de 1870‑1871.
En 1915, à l’âge de 70 ans, elle est amputée de la jambe droite en raison d’une tuberculose osseuse du genou. Le membre amputé, longtemps conservé dans du formol, sera par la suite perdu. Malgré son handicap, elle continue à jouer assise, refuse toute prothèse et se rend auprès des soldats blessés sans jamais se plaindre de son infirmité, gagnant le surnom de Mère la Chaise.
En 1923, alors qu’elle tourne La voyante, Sarah meurt d’une insuffisance rénale aiguë, en présence de son fils. Des centaines de milliers de personnes assistent à son convoi funéraire.
Elle n’a pas seulement incarné des rôles, elle a incarné une manière d’être au monde, libre, excessive, indocile qui a refusé les limites que son époque imposait aux femmes.



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